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Mirna Kresic donne à voir des lieux de peinture.
Formes et matières y sont prises dans l'enveloppe d'un lieu propre
où la loi ne serait pas la stabilité de l'objet mais, précisément,
son devenir. C'est une peinture qui se joue de ce problème essentiel
de la représentation, à savoir que le monde, certes, nous
est ouvert, mais qu'il ne l'est ni totalement ni même directement.
La peinture est cette médiation de la saisie.
Dans les tableaux de Mirna Kresic il est peint la fugacité
de formes réduites à la pauvreté essentielle de leurs
lignes directrices mais aussi l'ossature des choses qui viennent celer
la lumière ou, au contraire, s'en nourrir en l'absorbant pour devenir
espace, mouvement ou trace. Il y a une instabilité de la structure
representée que n'appaise pas l'inscription dans ce lieu particulier
qu'est la toile. Ce qui donne ainsi à voir l'emprise --·ou
peut-être la déprise·-- de la matière par la
forme, le travail par le devenir de l'apparente stabilité des choses
comme un reliquat d'impressions visuelles, peut-être combinées.
On s'efforcerait en vain, de leur assigner un référent
objectif. Car ces strutures, floues, parce qu'elles ne se réduisent
pas à figurer un ordre strict ou une austère loi de transformation,
sont une métaphore visuelle, un rythme suggéré. Mais
il s'agit d'un ordre inhérent, une pulsation qui anime de l'intérieur
les couches superposées dont le regard perd l'étagement initial.
Leur sédimentation n'est donc pas immédiatement lisible,
ni n'est voulue comme telle. Cette peinture défie ainsi une approche
qui voudrait en saisir la genèse ou l'archéologie par les
traces visibles subsistant de la superposition des plans. Le faux-fuyant
de la structure par couches successives entretient donc, par cet artifice,
la désillusion du regard qui s'accroche aux traces en aplat venant
fragmenter la surface peinte.
Le prétexte d'une telle peinture, semble-t-il,
est la prise de conscience d'une béance qui serait comme l'aporie
d'une relation objective et univoque au monde perçu. S'il est vrai
qu'a défaut de mesure, le trop plein de sens s'épuise en
relatif·; le regard, ici, faute de parvenir à recréer
la séquence ordonnée des strates, renonce à la narration.
Le rythme, suggéré par les aplats en contre point et les
transparences, est là pour jalonner d'autant de repères un
lieu problématique.
- L. Ferrier
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